L’humain augmenté et leadership responsable : quel avenir pour le travail ?
Le 9 avril dernier, le campus de SUP de V Paris Montparnasse a accueilli une table ronde exceptionnelle consacrée à l’intelligence artificielle (IA) et son impact sur le management et les ressources humaines.
Entre fascination et inquiétude, experts et praticiens ont croisé leurs regards pour dessiner les contours d'un leadership responsable à l’heure de l'IA.
« Quelle place voulons-nous donner à l’humain dans le travail de demain ? »
C’est par cette question fondamentale que Jawad El Gannab, Directeur de l'Innovation et de la Recherche à SUP de V, a ouvert les échanges, aux côtés de Samia Souid, enseignante et manager de programmes.
Pour décrypter ces enjeux, nous avons eu le plaisir d'accueillir :
- Michèle Renel-Orester, Cheffe de pôle RH, Ministère des Armées.
- Mathieu Flaig, Directeur Conseil RH & Transformation Digitale au sein du Cabinet SQORUS.
- Fatoumata Diabaté, Fondatrice d'ADKSEmploi, Conseil RH & Recrutement.
- Thierry Grillot, Fondateur de Markeclic / Bistri. Dirigeant et praticien de l'IA opérationnelle.
Fabienne Roinjard, Directrice des programmes académiques, a rappelé en introduction que ce sujet est central pour l'école :
« L’IA est partout. Elle fascine autant qu'elle inquiète. Notre mission est de donner aux étudiants les compétences et les clés pour comprendre ce monde en perpétuelle évolution. »
Quand l’IA bouscule la légitimité managériale
Le premier bloc de discussion a abordé la fin du « manager sachant ». Avec l'accès instantané à l'information via l'IA, le monopole du savoir s'effrite.
Mathieu Flaig souligne : « L’IA accélère la perte du monopole du savoir chez les managers. Cela amène de l’humilité. Le rôle du manager doit glisser du savoir vers la prise de responsabilité et la décision. »
Du côté du Ministère des Armées, la structure régalienne apporte une réponse différente. Michèle Rebel Orester explique que si le ministère a créé son propre système IA pour des raisons de sécurité, l'outil reste une aide et non un décideur : « Sur le terrain, on n’a pas le temps de construire un prompt. C’est la confiance humaine qui légitime le "Oui chef". »
Les Soft Skills : le dernier bastion de l’humain ?
L'IA peut-elle simuler l'empathie mieux qu'un manager débordé ? Pour les intervenants, les compétences comportementales deviennent la valeur refuge.
- L'empathie comme KPI : Thierry Grillot note que les entreprises cherchent à garder leurs talents et que le management doit évoluer : « La clé est le haut management. Si la culture d’entreprise n'est pas adaptée, les soft skills restent un discours incantatoire. »
- Le recrutement par la personnalité : Fatoumata Diabaté utilise l'IA pour trier les CV mais mise sur l'humain pour la décision finale : « Il est plus difficile de changer une personnalité qu'un savoir-faire. Nous utilisons l'IA pour nous ouvrir à de nouveaux secteurs techniques, tout en gardant notre expertise sur le savoir-être. »
Diriger l'intelligence hybride : quel leadership pour demain ?
Le dernier volet a exploré la transformation des organisations, notamment via la SBO (Skills-Based Organization), où l'on recrute pour un portefeuille de compétences plutôt que pour une fiche de poste figée.
Pour Mathieu Flaig, l'IA surpassera bientôt l'humain sur le savoir académique, mais pas sur l'analyse critique. Thierry Grillot tempère toutefois pour les PME : « Le raisonnement par compétences est encore loin de leurs préoccupations quotidiennes, même si l'IA peut les aider à structurer leurs décisions. »
Fatoumata Diabaté rappelle que si l'on peut déléguer le sourcing (recherche de candidats) à la machine, le côté humain reste indispensable pour « veiller sur le candidat ».
Les 3 compétences clés pour 2030
En clôture de cette matinée riche, Jawad El Gannab a demandé aux experts les compétences que l'IA ne pourra pas remplacer d'ici 2030. Trois piliers complémentaires ont émergé :
- L’esprit critique et la curiosité : Pour Mathieu Flaig, il ne faut pas subir l'outil. « Ne commencez jamais par l’IA. Produisez votre propre réflexion, puis utilisez l’IA pour vous "augmenter" et aller chercher les 20% de valeur ajoutée supplémentaire. »
- La posture d'accompagnement et l'écoute : Pour Fatoumata et Michèle Rebel Orester, le manager de demain est celui qui sait écouter et accompagner ses équipes dans la transformation permanente, en gardant l'humain au centre de chaque décision.
- La pertinence et le discernement technique : Thierry Grillot a insisté sur la nécessité de maîtriser l'outil sans en devenir dépendant. « L'IA est une énième mutation technologique. La compétence de demain, c'est savoir l'utiliser avec pertinence : comprendre ce qu'elle apporte de pragmatique au business tout en restant vigilant sur la sécurité des données partagées. »
Le mot de la fin de Jawad El Gannab résonne comme un avertissement et une opportunité :
« L’IA ne va pas remplacer les managers, mais elle va séparer ceux qui savent pourquoi ils décident de ceux qui ont oublié de se poser la question. »
Pour prolonger votre réflexion sur la responsabilité des entreprises et des leaders dans notre société moderne, découvrez également le compte-rendu de notre table ronde sur la Communication Responsable : comment les entreprises prouvent-elles ce qu’elles promettent ?

